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Les jumeaux, Ibedji.

LES JUMEAUX

Autrefois, la naissance de jumeaux était considérée comme un événement inexplicable et elle était accompagnée de superstitions diverses. Ce phénomène était expliqué par une double paternité (deux pères différents), qui prouvait en même temps l’infidélité de la mère. Cette croyance engendrait donc le meurtre de la mère et des enfants.

En effet, les Yoruba croyaient qu'aucun être humain ne pouvait engendrer deux êtres humains à la fois. Donc, ils considéraient les jumeaux comme des êtres mystérieux, surnaturels, qui portaient malheur à leurs familles. Par conséquent à leur naissance, les deux jumeaux étaient tués et leur mère était rejetée du village.

Changement d’attitude envers les jumeaux

Dans le monde, il y a une naissance gémellaire toutes les quatre vingt naissances. Dans le territoire Yoruba, il y a une naissance gémellaire toutes les vingt deux naissances.

Cela signifie qu'avec l'élimination de tous les bébés jumeaux, qui étaient considérés comme des êtres possédés par les esprits du mal, les Yoruba avaient un taux d'accroissement démographique beaucoup plus bas que les autres peuples africains.

Pourtant cette décimation allait à l'encontre de la tradition des Yoruba. En effet, avoir un grand nombre d'enfants était le garant d'une vieillesse sans souci.

On ne sait pas quand exactement les Yoruba changèrent leur attitude face aux jumeaux. Une légende raconte, qu'il y a cent ans environ, une grande tristesse régnait dans les villages et dans les âmes de ses habitants. On consulta alors l'oracle d'IFA qui ordonna d'arrêter les meurtres des jumeaux et de les honorer dorénavant.

Une autre histoire raconte que le légendaire roi Yoruba AJAKA, frère du dieu SHANGO, arrêta le meurtre des jumeaux, après que sa femme eût mis au monde deux jumeaux.

Quoi qu'il en soit, la situation et l'attitude face aux naissances gémellaires changea radicalement  bien que lentement  dans la première moitié du XIX° siècle. Petit à petit, les Yoruba commencèrent à croire que les jumeaux possédaient des pouvoirs surnaturels et qu'ils étaient capables d'apporter le bonheur, la santé, et la prospérité dans leurs familles. On devait donc les traiter avec respect et considération, leur donner les meilleurs aliments, les vêtements et les bijoux les plus beaux, et les combler d'attentions.

A leur naissance, on célèbre une fête, à laquelle prend part tout le village, et même parfois la population des villages voisins. Il s'agit d'une fête en l'honneur de la mère qui a accouché, ainsi qu'en l'honneur de toutes les mères de jumeaux. Une danse, réservée exclusivement à elles, est au centre des festivités, et certains mouvements de cette danse illustrent des demandes spécifiques de prospérité, de bonheur, de santé pour les jumeaux, de même qu'une protection contre le pouvoir maléfique des sorcières.

Quelques jours après la naissance des jumeaux, le BABALAWO, c'est à dire le prêtre du village, rend visite aux nouveau-nés et il les voue à l'ORISHA IBEJI. Ensuite, il conseille à la mère les aliments recommandés, lui indique les jours de mauvais augure de la semaine ainsi que les animaux dangereux et les couleurs à éviter.

DES LE CULTE Ibeji

Dans la langue du peuple Yoruba, IBEJI veut dire jumeau : IBI = né et EJI = deux.

Dans la tradition religieuse des Yoruba, on considère que les jumeaux ont une seule âme, unie et inséparable. Pour cette raison, si un jumeau meurt, la vie du survivant est mise en danger, car son âme n'est plus en équilibre. La colère du jumeau mort peut faire courir de graves risques à toute la famille: en effet, sa colère peut apporter la maladie et la malchance, mais aussi provoquer la stérilité de la mère. Afin, d'éviter ces conséquences néfastes pour la famille, on doit rapidement trouver un moyen pour réunir à nouveau les âmes des jumeaux. Il est donc nécessaire de consulter le BABALAWO et par la suite de commander une petite figure en bois chez un sculpteur: cette figurine sera le siège de l'âme du Jumeau défunt. Le BABALAWO tient alors une cérémonie publique, qui a comme but le transfert de l'âme du jumeau mort dans la figure en bois.

L'IBEJI est donc le gardien de l’âme du jumeau mort. Pour cette raison il est traité avec les mêmes soins attentionnés que le jumeau vivant. Lorsque, par exemple, la mère allaite le jumeau vivant, L’IBEJI est aussi positionné à l'autre sein ;lorsque l'enfant est nettoyé et lavé, l’IBEJI est lavé de même et enduit par la suite avec une masse rougeâtre, appelée CAMWOOD, qui est un mélange de bois rouge broyé et d'huile de palmier.

Théoriquement il n'est donc pas nécessaire de sculpter ces statuettes en bois si les deux jumeaux meurent, car l'union de leurs âmes n'est pas compromise. Mais dans la croyance Yoruba, les jumeaux morts sont dotés de pouvoirs surnaturels, plus puissants que ceux des ancêtres, donc même si les deux bébés meurent, on fait sculpter un couple d'IBEJI, afin d'apporter aux jumeaux des offrandes ou de leur offrir des sacrifices, mais surtout afin qu'ils accordent leur protection à la mère et à la famille entière.

La sculpture des statuettes est effectuée même si un ou tous les deux jumeaux ne devaient pas mourir à la naissance, mais plus tard en bas âge.

Le soin des IBEJI est confié à la mère, qui, dans certaines tribus, les lave régulièrement, les enduit, les nourrit avec une sorte de pâte de haricots. Elle prend soin de gratter fréquemment la croûte qui se forme sur la bouche des IBEJI lorsque cette pâte durcit. C'est encore la mère qui lors de fêtes, de cérémonies ou de visites familiales, porte sur son dos l’IBEJI, en l’enveloppant dans sa tunique, comme s'il s'agissait d'un enfant vivant.

Il est très touchant de voir une ou deux petites têtes d'IBEJI dépassant le bord de la tunique maternelle.

On trouve parfois des marques d'abrasion sur le cou, sur la poitrine, sur les bras ou sur les jambes des statuettes. En effet, en cas de maladies ou de blessures graves dans la famille, on implore l'intercession et l'aide des IBEJI pour le malade, qui, en suivant les prescriptions précises du BABALAWO, doit ingérer un "médicament" composé essentiellement de copeaux d’IBEJI, broyés et mélangés avec un amalgame végétal.

Au moins pendant les premières années, c'est la mère qui soigne les IBEJI et les statuettes sont placées près de son lit. Successivement, elles sont déposées dans le sanctuaire ancestral de la famille, avec les reliques des ancêtres.

Lorsque la mère meurt les deux scénarios suivants sont possibles:

- s'il y a deux IBEJI, car les deux jumeaux sont morts, personne ne s'occupera des statuettes, car uniquement la mère peut intercéder auprès des IBEJI et en obtenir des grâces et des faveurs pour la famille.

- s'il n'y a qu'un IBEJI, car seulement un des jumeaux est mort, c'est au jumeau survivant de prendre la relève de sa mère et de prendre soin de la statuette de son jumeau jusqu'à sa propre mort.

L'IBEJI

L'IBEJI ne représente pas un enfant, comme l’on pourrait s'y attendre, mais un adulte, avec le visage et le corps nu d'un adulte.

C'est le sculpteur qui décide de la forme artistique qu'il donnera à la statuette. Le seul élément qui le lie est le sexe du ou des jumeaux qui doivent être sculptés.

La hauteur d'un IBEJI varie entre vingt et trente centimètres. Il est posé sur une base arrondie, ses bras pendent vers le bas, ses jambes sont courtes et sa tête est grande par rapport au corps, avec des coiffures très diverses et élaborées.

Souvent les IBEJI portent des anneaux en bronze ou en fer autour des poignets et des chevilles. Mais aussi des colliers, des bracelets, des chaînes abdominales ou des boucles d'oreilles, en perles de verre, corail ou noyau de palme ornent les statuettes. Dans certains cas, des décorations, telles que colliers et bracelets, sont travaillées directement dans le bois par le sculpteur.

Dans les régions septentrionales du territoire Yoruba, où la religion islamique est fortement répandue, on découvre fréquemment, gravée sur la poitrine, et parfois aussi sur le dos de l’IBEJI, une amulette islamique triangulaire. Cette amulette porte le nom de « gri gri » ou "tirah" dans la langue locale.

Souvent les chevilles et les poignets des statuettes sont décorés avec des coquillages cauris, le cauri est une monnaie locale et dans le contexte d'une statuette IBEJI indique uniquement la richesse d'une famille. Les familles plus aisées recouvrent leurs IBEJI avec des manteaux et des chapeaux ornés de cauris ou de petites perles. Mais la "décoration naturelle" la plus importante pour une statuette d'IBEJI est sa patine, c'est à dire la couche plus ou moins épaisse qui recouvre le bois et qui est composée de différents produits avec lesquels l’IBEJI a été enduit au cours de cérémonies rituelles. Cette patine peut être parfois si épaisse qu'il est difficile de reconnaître les traits du visage ou même le travail original de l'artiste.

La patine, qui a son origine dans l'usage rituel, fait partie intégrante de l'IBEJI et ne doit en aucun cas être enlevée.

En cas de nettoyage, il est recommandé d'utiliser un chiffon ou un pinceau à poils souples. Une grande attention est recommandée.

Il est important de souligner que chaque tribu, et même chaque famille, avait des coutumes rituelles différentes. On trouve donc aussi des IBEJI très anciens, sans la patine épaisse provoquée par l’usage: dans ces cas, les caractéristiques initiales, gravées par le sculpteur sont très bien reconnaissables, malgré le vieillissement naturel survenu au cours du temps.

Pour approfondir les connaissances sur les coutumes des Yoruba et sur le culte des jumeaux, Ia lecture de l'ouvrage de Gert et Mareidi Stoll, "lbeji Zwillingsfiguren der Yoruba » publiée en 1980 à Munich, est conseillée.

Droits d'auteur: Galerie Walu, Suisse, 2004

 

 

 

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